Lui, c'est Chinh (prononcé Ching). Il est Hmong. La chance nous a mis sur son chemin. Il était notre guide à Sapa, une magnifique région au nord-ouest du Vietnam reconnue pour ses rizières en terrasses. Anciennement, cette région était exclusivement habitée par certaines minorités ethniques du Vietnam, les Tay, les Dzao, les Hmong... Maintenant, c'est une destination touristique presque inévitable. Nous étions donc chanceux d'avoir Chinh à nos côtés pour nos trois jours de randonnées. Chinh a 22 ans, une femme, deux enfants. Il habite dans la maison familiale, avec, en plus de ses parents, deux de ses frères ainsi que leurs propres familles. Tous ces gens se sont cotisés pour envoyer le cadet à l'université. S'il travaille fort, il reviendra au village de Cat Cat avec un diplôme d'administration en poche. Son but serait de moderniser les opérations agricoles et économiques de son patelin. C'est avec beaucoup de générosité que Chinh nous invite chez lui, où nous pouvons constater l'ampleur du confort et de l'espace dans lequel nous vivons.
Au fil des conversations, la curiosité et la vivacité d'esprit de Chinh nous épate. C'est un self-made man. Commençant sa carrière touristique en tant que porteur de bagage sur le mont Fansipan, le plus haut d'Indochine nous dit-il avec plus de facticité que de fierté, Chinh apprend l'anglais en écoutant les visiteurs, et en se rendant au village pour consulter Google Translate. Il s'intéresse à la politique, au cinéma, aux religions du monde et à l'astronomie. Un soir en regardant les étoiles, il demande à Benoît si les Américains se sont rendus jusqu'à l'une d'entre-elles. Malgré sa connaissance encyclopédique des chemins qui parcourent sa région natale, Chinh n'est jamais allé plus loin qu'à Hanoi. Son rapport aux grandes distances tire donc de l'imaginaire. À chaque fois qu'on lui parle d'ailleurs, ses références proviennent de films téléchargés sur les ordis de la ville d'à-côté. Un jour, avec une vingtaine de gens de son village, lorsque ses enfants seront plus grands, il ira à son tour visiter la Baie de Halong. Nous, nous y étions avant-hier. Ce détail bouleverse Annick profondément le soir venu. On oublie parfois la chance que l'on a.
Plutôt que de jouer sur nos cordes sensibles comme la plupart des marchands de Sapa, Chinh est humblement honnête lorsque vient le temps de le remercier et de lui donner du pourboire. "You don't have to, it is my job." Après lui avoir montré, sur l'ordi de l'hôtel, les rues enneigées de Montréal, on lui promet de lui envoyer des photos des Hmong que nous rencontrerons au Laos et en Thaïlande.
Merci Chinh. À tes côtés nous avons cheminé.
Dates de visite: 7 au 9 octobre 2013




touchant
ReplyDeletesteph
Oh, je lui souhaite d'aller à la Baie de Halong… c'est fou comment on est chanceux en effet
ReplyDeletequel beau billet. J'aime profondément l'Asie et vous lire me permet de me sentir là bas à nouveau. Les gens de la campagne asiatique ont un quelque chose de touchant, attachant. Leur simplicité et leur regard sur le monde est marquante. Me voilà accro à votre blogue. Bonne route. Julie Tardif
ReplyDeleteMoi aussi je l'adore. Il n'a peut-être pas voyagé, mais il a un fan club au Québec lui.
ReplyDeleteMarie