Saturday, 18 January 2014

Saigon et Ho Chi Minh City


L'imaginaire de l'Indochine est profondément marquée par Saigon, son ancienne capitale. Notre désir de nous familiariser avec cet amalgame de pays imposé par les Français nous a souvent ramenés à une Saigon mythique. En début de voyage, dans une chambre de Hanoi, lorsqu'Annick était malade, nous avions visionné le film Indochine, qui nous avait présenté une Saigon française, mais surtout déchirée par son statut socio-culturel. Lorsque nous avons tous deux lu The Quiet American, on nous a décrit une Saigon occupée par les Américains et remplie d'expatriés qui profitent de la guerre. L'image que nous nous étions faite de Saigon était saturée de représentations fictives et historiques; des dens de fumeurs d'opium, des plantations de caoutchouc, la jungle brûlant sous le napalm, d'immenses villas coloniales, etc. Mais ce n'est pas Saigon que nous avons visitée, mais bien Ho Chi Minh City. 

Ho Chi Minh City est forte d'images qui lui sont propres. Moderne, populeuse et polluée, elle est évitée par de nombreux voyageurs qui sont dépassés par sa complexité. Pourtant, nous on l'a adorée. Les filées lumineuses créées par un trafic urbain de grandes villes au cinéma représentent bien l'état des routes d'Ho Chi Minh City: le trafic est constant et en continu. Il ne semble jamais s'arrêter. Se promener, la nuit, parmi ses multiples carrefours est un spectacle pour les yeux; une chorégraphie chaotique composée de milliers de mobylettes.

La ville est effervescente. Il est difficile de tout capter. Mais dans ce bouillonnement se démarque un motif clair: à tous les coins de rue, et ce, dès plusieurs kilomètres avant l'entrée de la ville, on retrouve les mêmes 4 ou 5 affiches gouvernementales. Malgré le fait que l'on ne puisse en lire l'écriture, leur message est clair: patrie, travail, éducation et unicité. La récupération des vieux symboles socialistes et de leur esthétique est marquante: des visages simples et pointus, des hommes et des femmes vêtus d'uniformes distincts (médecin, scientifique, militaire, etc.), des traits au crayon noir sur fond uni, l'étoile, la faucille, le marteau, etc. Et toujours la bonne vieille bouille de Uncle Ho! Si à Hanoi on ne retrouve que très peu de ces affiches dans les rues, on peut par contre facilement en acheter des reproductions dans les magasins. À Ho Chi Minh City, c'est comme si on avait encore besoin de convaincre la population des bienfaits du gouvernement en place... Même que le seul magasin que nous avons vu qui vendait des affiches de propagande s'appelait Hanoi Propaganda Poster. Ainsi, la communication gouvernementale à Ho Chi Minh City recontextualise la propagande dans l'espace contemporain.

Les visites touristiques possibles sont aussi frappantes que disparates: temple dédié à un empereur, musée des atrocités de la guerre, cathédrale, gare ferroviaire et l'ancien palais du président de l'éphémère Vietnam du Sud. D'ailleurs, ce pays, qui a existé entre 1955 et 1975, était constamment menacé par les forces du Nord. Un bunker a donc été construit à même le palais en cas de frappes aériennes. Lors de la visite de ces lieux, on constate que les espaces ont été laissés intacts. On se croirait sur un plateau de tournage d'un James Bond des années 50. Lors de cette visite, une fois de plus c'est la réalité qui nous renvoie au cinéma et non l'inverse. La vieille machinerie de guerre et de communication nous démontre que les appareils qui nous semblent aujourd'hui ludiques lorsque l'on visionne des classiques d'espionnage ont jadis été à la fine pointe de la technologie.









Parler autant de cinéma éveille chez nous le manque causé par notre sevrage cinématographique des derniers mois. On décide donc d'aller voir un film en ville, ce qui nous permet de rencontrer la classe aisée vietnamienne. Au dernier étage d'un centre commercial de luxe, on trouve un petit cinéma qui projette des films américains sous-titrés. L'expérience est étrangement familière, sauf pour le popcorn qui est sucré. Suite au film, on se promène dans ce "Macy's" de Ho Chi Minh City. Les parfums de luxe, les vêtements de grandes marques internationales et les souliers dernier cri se vendent aux mêmes prix que chez nous. C'est la toute première fois depuis le début du voyage que l'on est confronté à un tel environnement. Ce qui nous semble habituel chez nous nous paraît ici de la démesure. Nos repères ont rapidement été déstabilisés puis recontextualisés depuis les 3 derniers mois. Dehors, la jeunesse aisée se photographie devant les vitrines de Noël. On se croirait sur la 5ième Avenue de Manhattan ou devant Ogilvy à Montréal. 15 minutes plus tard, nous circulons dans la ruelle qui mène à notre guesthouse. Là, des familles mangent leur repas du soir à même la rue et on aperçoit au travers des portiques des enfants faisant leurs devoirs dans la seule et principale pièce de la maison. Le choc des classes est indéniable et c'est aussi ça Ho Chi Minh City.



Si, au courant de notre voyage, certains films et livres nous permettent de découvrir Saigon, Ho Chi Minh City, quant à elle, s'inscrit dans la contemporanéité d'une façon si radicale que nous devons faire appel à des tonnes de référents disparates. Saigon appartient maintenant à la fiction, alors que Ho Chi Minh nous renvoie au cinéma et à la littérature en général, du passé, du présent et du futur.

Dates de visite: 16 au 19 décembre 2013

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