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Wednesday, 20 November 2013

Chroniques birmanesques



Birmanesque: adj. qual. signifiant une difficulté générée par une multitude de malchances. Se produisant habituellement sur le territoire birman mais pouvant s'appliquer à toutes destinations succédant un séjour en Birmanie. Origine - 21ième siècle, dérivé de birman, inventé par un certain Benoît Faucher.

Les photos des guides de voyage nous avaient fait rêver du Lac Inle avec ses pêcheurs planant sur l'eau avec leur filet conique et leur technique de rame à une jambe. 
Une "mousson des Indiens" (survenant hors de la saison des pluies, au grand désespoir des Birmans et des touristes) nous pousse à annuler notre treck de trois jours et nous fait surveiller de près le niveau de l'eau qui inonde le terrain devant notre porte de chambre.

La pluie ne cessant pas, nous achetons des imperméables affectueusement surnommés télétubies et visitons tout de même le Lac avec notre caméra imperméable (merci maman pour ton cadeau!). 

À deux jours de notre départ de Birmanie, l'heure est au compte-rendu. Nous nous demandons pourquoi nous avons trouvé la Birmanie si éprouvante. La liste est longue.
On vous invite à en rire avec nous:
- La limite de retrait sur nos cartes respectives ainsi que les guichets vides nous causent une difficulté à nous procurer assez de nouveaux billets de 100$ américains, non-pliés, non-déchirés (sans compter les agents du gouvernement qui nous refilent des billets abîmés qui sont inutilisables en Birmanie);
- Une canicule hors-normes frappe Bagan, une destination déjà très très chaude;
- À Pyin Oo Lwin on nous apprend qu'une bombe a sauté à Yangon une journée après notre départ et qu'une seconde a sauté à Mandalay un jour avant notre arrivée et qu'elles visaient toutes deux des touristes;
- Annick est malade à Hsipaw et reste au lit pendant deux jours et demi (merci à Lily, tenancière de notre chambre d'hôte qui veille sur elle et lui cuisine généreusement de la soupe au poulet). Première annulation de notre treck dans les montagnes. 
- Puis vous connaissez la suite: la flotte au Lac Inle.

La Birmanie est unique. Ses habitants sont chaleureux, accueillants et inspirants. Ses principaux attraits touristiques combinent mystères et merveilles. Sa culture est riche et distincte. Même si, vu de l'extérieur, le pays semble s'ouvrir et aller de l'avant, sa situation politique actuelle est complexe et son futur demeure incertain. Nous lui souhaitons de tout coeur des meilleurs jours à venir. Mais, en ce qui nous concerne, nous devons tout de même admettre que notre séjour de trois semaines aura été birmanesque.


Marché local


Jardin flottant



On garde le sourire


Village de pêcheurs


On a l'air de ça pendant quand on vous écrit!

Dates de visite: 26 au 29 octobre 2013

Tuesday, 19 November 2013

THE SUDESTORIALIST - Lac Inle 2013

Le pêcheur 

L'apprenti-pêcheur

Le touriste Teletubies bleu

La touriste Teletubies rose


Monday, 18 November 2013

ESTOMAQUÉS - Mrs. Popcorn

Un détour qui vaut le coup. On part à une demie-heure de la petite ville de Hsipaw suivant les routes de terre battue et les indications muettes de villageois toujours peu habitués à voir des westerners passer, pour se rendre dans le jardin de Mrs. Popcorn. Sur un terrain semblable aux autres du coin, cette septuagénaire au sens des affaires aiguisé a transformé son jardin en une terrasse café/bistro bio. On mange des produits de son jardin en jus, en riz, en soupe. On en a trop et on doit en laisser dans notre assiette. Un havre de paix, en pleine campagne. On se croirait chez Mme Pepperpot! On la voudrait tous comme grand-mère. On y serait resté tout l'après-midi à lire et à regarder les gigantesques papillons passer, mais notre autobus part dans une heure, direction Lac Inle. Se sachant à l'écart de la ville, Mrs. Popcorn nous demande de passer le mot pour faire connaître son commerce (elle connait la valeur du bouche à oreille!). On lui promet de parler d'elle à nos amis. Promesse tenue!






SELON BENOÎT - Décalage historique

On se prépare à célébrer Thadingyut dans la municipalité Shan de Hsipaw. Pour les Shans du coin, membres d'une "minorité" ethnique si nombreuse qu'on peut difficilement la qualifier ainsi (même si l'unité nationale Birmane en dépend), c'est l'une des deux plus importantes fêtes bouddhistes de l'année. Nous, nous sommes arrivés en ville sans trop savoir à quoi nous attendre. Notre tenancière d'auberge, Lily, nous a informés de l'importance du festival la veille, et nous décidons de rester en ville pour scèner... Nous commençons à comprendre l'ampleur des choses quand Mr. Shake, marchand de breuvages local, qui s'entretient avec les clients alors que sa femme (Mrs. Shake?) concocte les boissons de fruits frais, insiste pour que nous y assistions. "You will be very happy tomorrow, big festival. You are very lucky". Ça promet. Ce sympathique Mr. Shake passe le reste de la conversation à nous dire à quel point il trouve le Canada progressiste car membre du G8, et qu'il croit que tous les Canadiens sont beaux (stratégie de marketing ou compliment sincère?), puis il nous présente sa mère, qui a 95 ans. Contrairement à son fils, cette femme ne semble avoir aucun intérêt à communiquer avec nous, mais sa présence est assez pour rappeler le passé de son pays. Née sous un régime anglais qui considérait la Birmanie comme une excroissance de ses Indes plurielles, elle a ensuite vécue la décolonisation puis la militarisation d'un pays marginalement sien. Plus important encore, elle a sans doute vécu la joie de voir un Shan élu second président du pays, puis l'anticipation d'une fédération éventuelle, où les Shans auraient un plus grand contrôle sur leurs lois locales. Cette fédération, prétexte pour un coup militaire qui projettera le pays vers 49 années de contrôle, reste le rêve de plusieurs Shans à l'aube d'une nouvelle Birmanie. Impossible de percer son silence, par contre. Ce ne sont pas tous les Shans de son âge qui ont eu le privilège d'apprendre l'anglais, ou même le Birman (langue qui a plus en commun avec le Népalais ou le Tibétain, alors que le Shan s'apparente au Thaï).

Le lendemain matin, dès le levé, nous ressentons une effervescence palpable dans l'air. En marchant dans les rues, nous commençons à croiser d'immenses "arbres" entièrement constitués de produits quotidiens. Horloges, serviettes de plage, aliments non-périssables, parapluies, rouleaux de papier hygiénique, le tout composé en immenses mosaïques qui font parfois plus de 6 mètres de haut. Nous constatons notre propre décalage; pas moyen de comprendre la forme que prendront les festivités, ni la signification des principaux objets de célébration. Nous nous laissons guider par un palimpseste musical, qui trouve son origine dans d'immenses caisses de son attachées sur des camions, exactement à l'image que je me fais des sound systems jamaïcains. Les pistes de choix sont toutefois loin du reggae, ressemblant plutôt à de la musique dance du début des années 90s. Plus tard, un remix de "Zombie" des Cranberries confirmera l'époque générale.

De fil en aiguille, en suivant le cours d'une foule grandissante, nous nous retrouvons dans un immense marché qui est apparu pendant la nuit. Ses allures sont festives, plus encore que les marchés habituels. Beaucoup d'échoppes à jouets et à parapluies, à friandises frites et à bières matinales. Nous approchons de la paya (pagode), croisant un parc d'attraction. Ce qui ressemble, de loin, à un petit carnaval ambulant typique prend des allures toutes autres de près. Guy Delisle (le bédéiste qui partage un nom avec mon grand-père) et Anthony Bourdain m'avaient préparé à la grande roue "manuelle" qui fonctionne grâce au poids d'agiles grimpeurs qui l'actionnent mécaniquement en s'accrochant aux nacelles supérieures pour ensuite se laisser tomber (cherchez ça sur internet, il faut le voir pour le croire). Mais les autres attractions combinent également familiarité avec différence: un bateau de pirate, complet avec une reproduction sans-doute non-autorisée de Johnny Depp, est actionné grâce à un immense moteur à gaz qui gronde et crache de la boucane grise sur les participants à chaque remontée; un carrousel, où on a remplacé les chevaux et carrosses habituels avec des carcasses de motocyclettes, tourne également grâce à un moteur qu'on devine au bruit; etc. Ces manèges sont là en tant que preuve de la résilience du ludique, rafistolés avec les moyens du bord pour fournir une montée d'adrénaline passagère. Ils font étrangement contraste avec le temple avoisinant où l'on trouve un immense piquenique communautaire sur fond de chants religieux. Une congrégation semble s'être attroupée autour d'un camion tout neuf décoré de fleurs. Ce qu'il fait là, il faudra attendre avant de le savoir.



De retour au village (Lily nous a averti que le défilé commencerait à 14h), nous nous trouvons un espace sur les terrasses déjà remplies. Puis le son des tambours commence. La foule s'écarte et nous apercevons, au loin, les arbres approcher. Attachés sur des chars allégoriques de fortune, ou portés à bras, ils sont beaucoup plus nombreux qu'anticipé. Ils s'élèvent si haut que parfois, un homme équipé d'un long bâton les accompagne pour soulever les fils électriques à leur passage. La procession semble sans fin. Au début, les groupes qui défilent ressemblent à ce que je m'étais imaginé. Des gens, surtout d'âge adulte, avec quelques enfants, sont habillés d'habits traditionnels et chantent des chansons de leur terroir. Parfois, certains groupes se laissent aller et on assiste à des jams de tambour qui auraient leur place le dimanche, sur le Mont-Royal. Certains habits multicolores tirent du théâtre; ailés, avec des têtes en papier mâcher. On constate la variété ethnique du coin; chaque village a ses couleurs, ses propres fioritures. Surprenant, mais pas tant que ça.







Puis on entend arriver les adolescents. Les sound systems du matin fonctionnent à plein fouet. La musique de club, parfois plutôt populaire, parfois plutôt trash, résonne dans la parade entière. Le premier groupe d'ados, qui portent tous un chandail les identifiant comme les "Spider Black", jure complètement avec la parade à laquelle nous avons assisté jusqu'à maintenant. Ils occupent l'espace derrière le camion qui blast la musique vers eux alors qu'ils se projètent les uns contre les autres. Ils sont maquillés de noir et forment une sorte de mosh pit gothique-dance ambulant. Annick s'écrit "les punks!" en sautant sur la caméra. On en a vu tout le long de notre moment en Birmanie, des punks. Ces "punks" prennent part à un mouvement esthétique populaire et leur apparence s'inscrit dans un continuum entre le look des punks classiques, aux cheveux épineux et aux studs, jusqu'à celui des métalleux, aux cheveux longs et aux t-shirts de Iron Maiden. Difficile de comprendre la teneur politique de cette récupération des années 70 et 80 quand si peu de gens s'expriment en anglais, et que ceux qui le font sont eux-mêmes bafoués par ce mouvement de jeunesse.


Suite à leur passage, la parade reprend ses airs solennels et traditionnels. On pense avoir assisté au char marginal, celui qui fait exception à l'esprit général de cette fête qu'on célèbre suite au carême bouddhiste. Puis un second char passe avec le même assaut de décibels et de corps projetés. Le groupe porte un autre nom. "Darkness Smile" ou quelque chose du genre. Toujours ce même pseudo-gothique Tim Burtonien (plus tard, on verra un groupe portant la tête de Mr. Jack du Nightmare Before Christmas). Nous remarquons les bouteilles de Whiskey (influence des colonisateurs anglais et boisson de choix ici) qui coulent à flot. Ce type de char devient de plus en plus fréquent avec le temps, jusqu'au point où la polyrythmie des tambours traditionnels est écrasée par les multiples pulsations simplistes des fréquences graves issues des divers systèmes de son ambulants. Il n'y a aucune rencontre entre tradition et jeunesse, deux types de parades juxtaposés sur la même rue, unis seulement par les arbres de mouchoirs et de vadrouilles qui surplombent chacun des groupes. La nouvelle génération semble séparée de l'ancienne par plus d'un demi-siècle.





Puis on voit notre première croix gammée de la fête. On s'y est habitué, elles sont fréquentes en Birmanie. Symbole majeur de la distance historique qu'entretient ce pays avec la majeure partie du reste du monde, la swastika (noire sur cercle blanc, avec un fond rouge) fait partie de la mode Birmane. Elle perdure ici pour un amalgame de raisons; l'histoire qu'on enseigne varie en qualité, et certains se concentrent sur le fait que les Allemands de la Seconde Guerre Mondiale étaient les ennemis des colonisateurs de la région, les Français et les Anglais. Peu de Birmans connaissent des Juifs, s'ils en ont déjà même vus. Et le symbole est issu de la tradition bouddhiste, récupéré par le troisième Reich. Ainsi, certains jeunes gens de la Birmanie arborent fièrement le look nazi-chic, parfois intégré à d'autres signes conflictuels. Par exemple, un groupe d'étudiants dansant se nomme tout simplement "Nazi" et leurs t-shirts reprennent l'image ultra-populaire du Che, sauf que sur son béret, on a ajouté un petit drapeau Hitlérien. Cette confusion entre socialisme et fascisme, digne des membres du Tea Party Étatsunien, me bouleverse un peu. Surtout que lorsque nous croisons ce char, la nuit est tombée, la majorité des participants sont saouls à en tomber en pleine face et qu'ils commencent à tirer des feux d'artifices en oblique parmi les explosions de pétards à mèche. Ils ne nous veulent aucun mal, certains m'invitent même à danser avec eux ou à boire de leur goulot, mais nos réflexes symboliques sont difficiles à taire; que voulez-vous, on nous a appris à se méfier des nazis saouls armés de chandelles romaines, même s'ils sont sympathiques.


À la fin de la journée nous apprenons qu'il y aura un tirage auquel seul les monastères peuvent participer. Chacun de la centaine (au moins) d'arbres sera donné aux gagnants. Ce tirage est nécessaire car il y a bien au-delà de 100 temples et monastères dans la région. Les heureux élus pourront ensuite bénéficier des objets méticuleusement agencés. Puis, il y aura le tirage du grand prix: le camion (voir plus haut). Parce qu'ici les moines commencent à avoir des téléphones, des pages facebook, des camions. En cet ère d'ouverture de frontières, le décalage s'amoindrit.


Dates de visite: 21 au 25 octobre 2013

Thursday, 14 November 2013

SUR LA ROUTE - Train de Pyin Oo Lwin à Hsipaw

Après un spectacle de feux d'artifices quasi-privé observé du balcon de notre hôtel (très, pour ne pas dire trop, à l'écart de la ville, mais au pied de la principale stupa pour les célébrations de la pleine lune), nous embarquons sur le tronçon de chemin de fer le plus célèbre de la Birmanie dû à son fameux viaduc, le Goteik Viaduct, installé par les colons anglais en 1899. Un viaduc qui tient donc debout depuis plus d'un siècle et faisant plus de 102 m de hauteur (la plus importante structure ferroviaire à l'époque de sa construction, maintenant deuxième au monde après le Lethbridge Viaduct en Alberta) sur lequel les trains doivent circuler très lentement pour assurer sa pérennité. Bref, tout pour rassurer Annick.



Le voyage dure 6 heures. 6 heures pendant lesquelles nous ressentons plusieurs fois les soubresauts d'un éventuel et potentiel déraillement. 6 heures pendant lesquelles nos regards évitent le plancher, pour ne plus regarder les souris qui circulent entre nos jambes. 6 heures pendant lesquelles notre voisin saoûl développe une fixation gênante envers Annick. 6 heures où la porte du trou qui sert de toilette ne cesse de claquer laissant ainsi un charmant parfum se mêler à celle du repas de la famille avoisinante. Par chance que nous sommes en première classe! Vivement notre arrivée à Hsipaw.





Date de visite: 21 octobre 2013

Tuesday, 5 November 2013

THE SUDESTORIALIST - Mandalay 2013

Le lecteur

LES MOTS NOUS MANQUENT - Le pont U Bein (Près de Mandalay)











Dates de visite: 17 au 19 octobre 2013

SUR LA ROUTE - En bateau sur l'Irrawady

Plutôt que de prendre l'autobus, le train ou l'avion, nous avons opté pour la remontée de l'Irrawady en bateau. Ce trajet d'une douzaine d'heures a permis à Benoît de terminer sa lecture de Burmese Days par George Orwell, livre omniprésent qu'on tente de nous vendre à chaque arrêt touristique. Le voyage est également l'occasion de contempler la nature du lever au coucher du soleil. Un jour Birman bien reposant.










Date de visite: 17 octobre 2013