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Friday, 27 December 2013

SUR LA ROUTE - De Paksé à Hué

14 heures de route en autobus sur des bancs inclinés à 135 degrés et qui ne peuvent ni se relever, ni s'abaisser. Ouf.
Aucun autre commentaire à dire si ce n'est que ce type de siège est très mauvais pour le bas du dos, mais excellent pour les abdos! Nous quittons déjà le Laos que nous avons tout simplement adoré pour retrouver le Vietnam, dont nous avons déjà visité les régions du Nord au tout début du voyage.



THE SUDESTORIALIST - Le Plateau des Bolovens 2013

La mère éveillée et vaillante

 La fumeuse de pipe

Les naufragés du ballon

La petite hippie du village Brao

Les marchandes Alak en pause

Les dames aux gros bijoux (Village Brao)

Les sages du village Alak

Le jeune fumeur de pipe

La beauté du village

Thursday, 26 December 2013

ESTOMAQUÉS: Spicy and Crazy Thanksgiving


En rentrant à vélo vers notre cabane (on était allé voir un coucher du soleil très couvert sur la pointe nord de l'île), on se perd dans les champs et rizières qui couvrent encore la majeure partie de Don Det. La balade est magnifique mais se termine avec lampes frontales pour éclairer les petits chemins de traverse puisque la pénombre gagne rapidement les lieux. À la sortie des broussailles (on improvise un chemin selon notre sens de l'orientation) on est interpellés par un voix grâve mais familière issue de la bicoque devant nous. C'est Tristan, un des deux Américains rencontrés lors de notre trajet entre Vientiane et les 4000 îles, qui s'apprête à aller prendre sa douche en préparation pour le Thanksgiving des É-U, qu'il célèbrera avec Paul, son compagnon de route. Lors de nos discussions dans l'autobus, ils nous avaient tous deux mentionné l'importance de cette fête pour eux et leur intention de la célébrer le plus fidèlement possible et ce, même au Laos. Lorsqu'une de leurs amies, rencontrée en voyage, leur avait envoyé à la blague la photo d'une dinde qu'elle avait trouvé ici aux 4000 îles, ils s'étaient convaincus de se rendre jusqu'à cet oiseau expatrié en espérant "l'inviter" au festin. Ils se sont donc rendus chez Crazy Mama et Crazy Papa, les propriétaires de la dinde et des bungalows devant lesquels nous étions arrivés en vélo par hasard. Heureux de nous retrouver, Tristan nous invite à se joindre à eux. Il nous explique que malgré le fait qu'on mangera de poulet, il en aura amplement pour tous. C'est que lors de l'achat de leur volaille de choix, et malgré leur volonté à payer l'important prix fixé par Crazy Papa, la tristesse apparente de Crazy Mama à l'idée de tuer sa dinde les a dissuadé. "It was like it was a member of their family". Du poulet, des patates pillées et une salade de fèves feront amplement l'affaire.

Avant d'aller se préparer, Tristan nous présente au couple. Crazy Mama s'entiche d'Annick, lui fait des câlins et des caresses. Par la fenêtre, on peut voir Crazy Papa en train de plumer le poulet. De fil en aiguille, et sans savoir pourquoi, nous nous retrouvons devant les 7 albums photos de Crazy Mama, qui nous explique, dans un anglais quasi-inintelligible, son parcours de vie. Nous débattons toujours les détails de ce dernier (elle était chef en Thaïlande? Elle avait un resto en Thaïlande? Son ami habite en Thaïlande?). Dans tous les cas, le rire de Crazy Mama est contagieux. Paul et Tristan nous expliquent la grande générosité et gentillesse de leurs hôtes. On passe un bon moment à discuter et à rire en attendant le repas. Crazy Papa, écrasé dans le fond de la salle, nous sourit et vient nous voir pour profiter de l'esprit de partage de Tristan, qui offre des gorgées de Cau Lai (whisky Lao) à qui le veut bien. La nourriture arrive, petit à petit, et c'est tout un festin. On remercie nos hôtes ainsi que les initiateurs de cette soirée pour notre toute première Action de Grâce américaine, puis on plonge. Le poulet, entier, est difficile à séparer en assiettées individuelles, mais lorsqu'on lui goûte, on réalise qu'on ne pourra sûrement pas en manger beaucoup; ce n'est pas qu'il est mauvais, au contraire, mais il est si épicé que Paul en pleure! Les fèves contribuent dans le même sens et seules les patates et la bière aident à alléger les brulements devenus franchement douloureux. Une mention d'honneur pour ces patates par contre: de vraies patates douces fraîchement cueillies, pilées mais avec encore de la texture et un petit goût de fumée de charbon de bois inexplicable. Umami, salées, sucrées et savoureuse à souhait. C'est le seul plat qu'on réussit à finir.

Malgré maintes invitations, Crazy Mama et Crazy Papa ne viennent s'asseoir avec nous que lorsque nous semblons avoir fini. Crazy Mama est visiblement déçue qu'il ne reste pas de patates. Mais sa bonne humeur revient vite lorsqu'elle attaque la carcasse du poulet. Presque tout y passe: cartilages, gras et même le bout des os de cuisse. Crazy Papa nous montre la tête du poulet en souriant, puis l'engloutit d'une seule bouchée croustillante. Crazy Mama part dans la cuisine et revient avec le plus gros contenant de sticky rice qu'on a vu. On sait que les Laos adorent leur sticky rice (c'est la base de presque tous leurs repas), mais Crazy Mama l'engloutit avec un entrain sans pareil! Crazy Papa se lève et danse sur Manu Chao et La Rue Kétanou (un cadeau d'anciens clients), puis il s'endort en plein centre de la pièce, pendant qu'on discute de politiques américaine et canadienne.

Il y a de ces soirées qu'on ne peut oublier, où le bonheur est simple mais véritable et où on se rappelle qu'il est si bon de partager. Même si nous sommes des néophytes de ce Thanksgiving étranger nous pensons en avoir saisi l'essence lors de cette crazy soirée.

Paradis perdu

S'il y a un endroit depuis le début de notre voyage qui nous a réellement permis de nous reposer, c'est bien l'Archipel des 4000 Îles dans le Sud du Laos. La légende stipulant que nombreux sont les backpakers qui s'y prélassent jusqu'à la date d'échéance de leur visa est confirmée. Nous nous y sommes aussi accrochés les pieds, ayant planifié d'y dormir 3 nuits pour finalement en rester 5. Ceci est probablement dû à nos heureuses rencontres et la guesthouse où nous sommes aboutis.
On avait choisi de dormir à Don Det, qui se veut moins peuplée que Don Kong, mais plus vivante que Don Kon (oui on le sait, c'est aussi clair que l'eau du Mékong).  Un jeune couple de nouveaux mariés rencontrés à Vang Vien nous avaient chaudement recommandé d'aller séjourner chez Mama Leuha, "le meilleur endroit des 4000 îles". Le coût de la nuité? Un gros beau 4$. 



Après avoir marché les 3/4 de l'île à pied sous le soleil de midi, on arrive enfin. Chargés comme des mulets, notre déception est flagrante quand Lutz nous apprend que son auberge est complète pour la nuit. On se rabat alors sur des bungalows au bout de l'île. Première nuit, infestation de fourmis. On quitte donc très tôt dès le lendemain pour s'assurer une chambre chez Mama Leuha. Mission accomplie. Et tout y est parfait. Le bungalow est propre (et sans fourmi), les draps et le matelas sont neufs, le filet anti-moustique est sans trou et recouvre parfaitement le lit qui a de petites tablettes intégrées, où l'on peut y déposer bouteilles d'eau et cadran sans avoir à ressortir du moustiquaire! Tant de petits détails qui font une si grande différence pour le confort des voyageurs.



Pendant notre séjour, on se repose, lit des romans, parcourt les îles à vélo, on pagaye auprès des dauphins roses de l'Irrawady, on observe des couchers de soleil et les chutes d'eau du coin. Puis, presque tous les soirs, on revient souper à la "maison", après une dure journée de vélo, de kayak ou de relaxation dans un hamac! Au fil du temps, on se lie d'amitié avec Lutz, qui est sans cesse occupé à s'assurer du confort de ses clients. Benoît déclare rapidement notre hôte comme étant son "Julien par procuration". Cet expatrié de Berlin-Est, qui était tenancier d'un bar dans un squat suite à la tombée du mur, nous fascine. Comme plusieurs autres, mais bien avant l'arrivée de l'électricité et des motos, il tombe en amour avec les 4000 îles. Y étant venu avec pour seul bagage ses vêtements et un hamac, il travaille pour plusieurs familles de l'île; des petits travaux en échange de nourriture et d'un espace où dormir sur le sol de leur cuisine. Puis, en 2009, il décide de faire le grand saut. Il retourne en Europe, vend tout pour mieux repartir... Et s'établir pour de bon. 


Ils sont nombreux ces expatriés qui viennent refaire, finir ou bâtir leur vie au Laos ou ailleurs en Asie du Sud-Est. On en croise plusieurs et on en profite toujours pour discuter avec eux de leur vie si loin de la nôtre. Leurs difficultés et statuts sont propres au pays d'accueil. Par exemple, au Laos, le seul moyen d'être propriétaire est d'avoir un partenaire d'affaires lao ou d'être marié à un/e natif/ve. Cette loi expliquerait-elle la quantité d'expatriés propriétaires de commerces que nous avons rencontrés? Marier une femme qui ne partage ni sa langue, ni ses moeurs et coutumes nous paraît d'abord une union intéressée. Certains couples nous rendent mal à l'aise par l'évidence de leur relation "socratique" (la "sagesse" contre la "beauté"). À l'inverse (et par chance), d'autres couple, tel que celui de Lutz et de Peng, atténuent notre préjugé initial et, comme dans toutes choses, nous indique que la situation n'est ni noire, ni blanche, mais bien parsemée de nuances.

Sur le plan interpersonnel, ce mariage n'a pas été facile pour Lutz. Il nous explique qu'ici, la conception de l'amour et du couple est différente. Les unions sont traditionnellement formées sur une base de bénéfices socio-économiques mutuels. On est loin des histoires de Walt Disney qui prônent la romance. Toutefois, cette réalité est en train de changer; on a croisé des jeunes couples qui nous ont parlé de leur histoire d'amour ou à l'inverse, des gens qui se sont divorcés à l'encontre de la tradition. D'ailleurs selon Lutz, nombreuses sont les femmes monoparentales vivant aux 4000 îles dont les partenaires ont déserté vers Paksé. 

De son côté, Lutz a courtisé sa belle pendant plus d'un an avant d'avoir parfois l'occasion de lui tenir la main. Bien qu'il ait marié une laotienne, il n'est toujours pas propriétaire d'un commerce aujourd'hui puisqu'il travaille plutôt pour l'entreprise de ses beaux-parents. Un jour, si ces beaux-parents ne vendent pas le commerce d'ici là, il deviendra avec Peng, propriétaire des lieux. En attendant, il y effectue avec soin et attention des rénovations, y développe des services et y investit ses propres économies.

Lors de nos "vacances" chez Mama Leuha, on est témoin de petits moments de tendresse et de complicité entre Lutz et Peng, qui témoignent de leur amour. Ils se sont aussi constitués une langue hybride allemano-lao. Même si la vie n'est pas des plus faciles sur les 4000 îles, ils demeurent unis et sereins. Par chance, puisque vivant désormais avec un pouvoir d'achat laotien, Lutz n'a plus les moyens de visiter son pays natal et d'y revoir famille et amis. 

Depuis qu'il a immigré, Lutz ne se prélasse plus dans son hammac. Tenir une place aussi parfaite demande beaucoup d'entretien: les améliorations sur les bungalows, servir les plats délicieusement cuisinés par Peng, faire pousser les plantes malgré les buffles des voisins qui tentent de les manger et protéger ce qui leur appartient. À la fois du gouvernement et du fleuve. C'est que sans crier gare, le gouvernement a saisi les 8 premiers mètres de la bande riveraine et ce, sur tous les terrains de l'île. L'endroit exact où se trouve la plupart des bungalows, soit donc les maisons et/ou le revenu principal de nombreux des habitants de l'île... Puis aussi récemment, un accroissement de bateaux à moteur sur le Mékong a créé une érosion inquiétante des terrains. Les habitants de l'île démontrent beaucoup de créativité pour sauvegarder leur rive; on construit des rallonges, on y ajoute du sable, etc. Mais certains ne veulent plus investir de sous pour protéger leur terrain de peur que le gouvernement ne les exproprie...  Lorsque Lutz nous dépeint la situation, l'inquiétude est lisible dans son regard: "If I have to move... Scheisse...". À ses yeux, le développement presque trop rapide de la région a engendré une inflation démesurée de la valeur des terrains. Il regarde la croissance économique fulgurante de sa région comme un raz de marée désastreux. Une grande partie des ses voisins sont prêts à vendre. Même à des promoteurs immobiliers qui voudraient bâtir de gros complexes. De plus, aucune législation règlemente le développement immobilier du coin. Lutz ne sait comment imaginer sa retraite tout en étant conscient que sa présence sur l'île est aussi un symptôme de cette nouvelle réalité. 



Lutz avait 18 ans quand le Mur de Berlin est tombé. Il en avait environ 35 quand on l'a chassé de son coop-bar. Il se demande quel âge il aura lorsqu'il perdra son petit coin de paradis. Pour le moment, cet oasis de repos est encore bien présent. On s'y sent bien. Heureux. Presque comme à la maison. L'endroit devient notre référence de perfection. Il nous est même facile de s'imaginer propriétaires de bungalows sur cet archipel! En rêvassant avec Lutz, il nous fait réaliser que nous sommes privilégiés de pouvoir venir s'y déposer sans responsabilité. De notre côté, on fait notre possible pour lui démontrer que ce qui l'avait initialement attiré ici est encore bien vivant et que c'est en grande partie grâce à Peng et à lui.







Dates de visite: 26 novembre au 1er décembre 2013

Saturday, 14 December 2013

SUR LA ROUTE - Petit stress au pays de la détente

Il est 18h30, l'heure où, à l'hôtel, notre tuk-tuk nous attend pour nous amener à la station d'autobus direction les 4000 îles. Pourtant, nous sommes toujours à trois coins de rue en train d'attendre devant un ATM. Pourquoi?

Si vous voulez comprendre, il faut revenir 3 heures en arrière. Suite à une journée un peu décevante (après la Shwedagon Paya, toutes les grosses pagodes nous semblent un peu mineures), où Benoît doit toujours rester à proximité d'une salle de bain (si vous voyez ce qu'on veut dire), nous nous dirigeons vers un ATM pour retirer l'argent nécessaire pour vivre notre séjour dans les 4000 îles, où il est impossible de se procurer des sous. À 16h30, la carte de débit d'Annick est insérée dans la machine. Puis, la machine bascule vers un environnement Windows XP et active des protocoles inquiétants. Après plusieurs écrans indéchiffrables, elle affiche son statut de bienvenue, comme si aucune carte n'y était. La machine a avalé notre carte. Pour de bon. Après plusieurs appels aux 4 numéros d'urgences affichés sur ce guichet, Annick finit par menacer le préposé au service à la clientèle. "We are two Canadiens with no money left in your country. If you don't come soon I will have to call the police". À ce moment on sent que la gravité de la situation a été comprise. Deux gentils Laos, la réceptionniste d'une auberge à proximité et notre vendeur de billet d'autobus (qui étaient assez dispendieux et qui ne pourront être remboursés si nous ne prenons pas une décision avant 17h30) appellent à tour de rôle les mêmes numéros d'urgences pour harceler le préposé. À 17h, nous avons une promesse qu'un réparateur viendra avant 18h30. À 17h30, nous prenons la décision de potentiellement perdre nos billets. À 18h, Annick part se chercher un souper pour emporter dans l'autobus, au cas où... Benoît se contentera d'imodium. À 18h25, nous commençons à perdre un peu espoir. L'hypothèse de Benoît: au Laos, "avant 18h30" veut dire autour de 18h30, même si la promesse est faite 2h avant. À 18h30, deux hommes habillés en civils arrivent, peinards, sur une mobylette. Aucun logo de banque, aucun uniforme. Mais ils ont la clé. Le temps presse, mais ils veulent des preuves d'identité. Heureusement, nous avons tout avec nous.

On part à la course, carte en main, sourires aux lèvres. On passe devant le vendeur de billet d'autobus qui nous fait signe de nous dépêcher. On continue notre course en lui criant "Khop chai lai lai!!" On arrive, juste à temps devant l'hôtel. Le tuk-tuk vient d'arriver, nous pourrons partir aux 4000 îles ce soir. Deux américains, Paul et Tristan, attendent après nous dans le bolide. Nous nous excusons, expliquons la situation et rions bien de l'heureuse conclusion. Une fois rendus dans l'autobus, nous constatons que les "sleeper bus" du Laos offrent de minces couchettes, format asiatique, pour deux. Mais nous avons vu pire aujourd'hui, et malgré un léger reste de maladie, Benoît dort relativement bien. De toute façon, dès demain, nous nous prélasserons, dans des hamacs, sur une île du Mékong. À notre tour d'être peinards!


THE SUDESTORIALIST - Vientiane 2013

Les novices

Le futur professeur d'anglais

ESTOMAQUÉS - Bistro 22

On nous a dit qu'à Vientiane, on pouvait manger de la vraie haute gastronomie française pour une fraction du prix. On se dirige donc vers le Bistro 22, un des meilleurs établissements de la ville. Tout y est, le menu, le service, la coutellerie. Philippe, le propriétaire, nous accueille chaleureusement, et discute avec nous du Laos, de la France et de sa place à lui, un peu entre les deux. Il nous laisse à nous-mêmes et nous découvrons une carte raffinée. Nous décidons de souligner la moitié de notre voyage, qui a lieu le jour même, et de se gâter! Camembert et poires confites en feuille de brick, noix de Saint-Jacques sur linguinis à la crème et aux lardons, accompagnés d'un verre de Chapoutier et un fondant au chocolat pour clôturer le repas. Le tout est bien composé, cuit à point, recherché. On se délecte. Les plats arrivent en ordre, on nous présente les assiettes montées et nous les recevons tous les deux en même temps grâce au synchronisme de deux serveurs. French style. Quelque chose que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Le restaurant étant assez chic, nous n'osons pas prendre de photos! En échange, voici des clichés du Boudha Park que nous avons visité le lendemain. La vraie bonne nouvelle ici c'est que tel que vous l'avez lu, nous ne sommes qu'à la moitié de notre voyage! Encore 2 mois d'Asie devant soi.







SUR LA ROUTE - Lao Style

Descente en kayak vers Vientiane en partance de Vang Vieng. Nous sommes 3, nous 2 et un jeune allemand de 21 ans qui voyage seul depuis 14 mois et qu'Annick a maternellement adopté depuis la descente des tubes (il ne faudrait surtout pas qu'il lui arrive quoique ce soit, il est tellement gentil, etc.). Nous ne devions pas être 3; nous devions être 5, et le prix devait être ajusté en conséquence. Le matin, lorsqu'on vient nous chercher, on nous apprend qu'un couple de fêtards, lendemain de veille, a annulé sa descente. Ceci étant Vang Vieng, l'excuse est crédible, mais les organisateurs le savent autant que nous. Circonstances ou arnaque? Nous argumentons tout de même contre l'augmentation d'une dizaine de dollars par personne. On se sent mal pour le jeune Allemand, Janos, qu'on a convaincu de venir avec nous. Il payait le minimum pour son lit à Vang Vieng, peut-être que nous le forçons à faire une activité hors de son budget? Avec son aide, nous réduisons l'augmentation à 5 dollars par personne. C'est tout de même bien, considérant que nous sommes maintenant pratiquement dans un tour privé. Nous quittons donc le matin en tuk-tuk pour une route assez cahoteuse. Le conducteur est un peu trop téméraire, Annick en a mal au coeur. La descente en kayak se veut donc beaucoup plus paisible, même si plusieurs rapides sont annoncés. Après une courte descente facile, nous nous arrêtons déjà pour le repas sur des rochers polis par l'érosion. Un vrai paysage lunaire. Sur un petit BBQ improvisé, le guide nous cuit poisson et brochettes. La quantité de petits visiteurs (non-désirés) nous donnent l'impression que la préparation est interminable. Mais le repas en vaut le coup. Discutant avec le guide, un Lao au visage creusé par le vent, le soleil et le sourire, mais qui parle malheureusement très peu l'anglais, nous réalisons peu à peu l'ampleur des rapides à venir. Nous mangeons tôt parce que les rapides sont longues, nous devons nous assurer que tous nos sacs soient bien attachés au kayak (heureusement, la majeure partie de nos bagages nous attendent dans le tuktuk à la fin du trajet), Benoît doit serrer ses lunettes, bref, des petits indices comme ça. Puis, il nous dit que "many many" chavirent. Par galanterie, il offre à Annick de ramer avec lui, tandis que Benoît devra braver les rapides à l'aveuglette, accompagné d'un débutant. À l'approche, on entend un bruit sourd, comme une chute d'eau au loin. La saison des pluies venant de se terminer, le courant est plus fort. Le guide cri "sunglasses, sunglasses" et étant donné que personne ne porte de lunettes de soleil, Benoît comprend que c'est le temps de faire face au flou... Personne n'est tombé, aucun sac ne s'est perdu, les rapides n'étaient pas si dangereuses, bref, nous nous sommes bien amusés, et avons fait honneur à Amélie et François. Le parcours se termine à côté d'un chantier de sable complet avec d'immenses machines bruyantes. Nous pouvons voir que le guide déplore le développement des ressources de la région. On finit sur le bord de la route, mouillés, à attendre que nos guides réussissent à arrêter un bus qui aurait assez de places pour nous emmener à Vientiane. Lao style, quoi!








Date de visite: 19 octobre 2013

Coup de vieux


On n'a plus 20 ans et on le sent à Vang Vieng. Suite à nos lectures, le premier réflexe est de se trouver un logement hors de la cohue et du party. Après avoir traversé un pont payant (même pour les piétons!), on se demande si on est allé trop loin mais on finit par être content de l'emplacement. Étonnamment, c'est une ville plutôt désertique que l'on découvre. Plusieurs commerces sont à vendre ou à louer. Certes, on y croise plusieurs fêtards et flâneurs, mais l'époque de Vang Vieng, telle que vue sur les photos des backpackers qu'on retrouve sur Google, est révolue. Depuis le début de l'année, suite à la mort du fils d'un ambassadeur australien (selon le bouche-à-oreille "Vang Viengien"), les bars bordant l'infâme descente en bouée sont maintenant fermés et les glissades, perchoirs, cordes de Tarzan sont démantelés. Il ne reste maintenant que trois bars pirates au début de la descente ainsi qu'un vieux couple d'entrepreneurs qui vend des bouteilles de bière aux assoiffés.

La descente est vraiment agréable, le paysage est grandiose, l'eau est bonne. Mais on veut tout de même s'arrêter aux bars pour voir les vestiges de ce défunt lieu de fête. Est-ce notre âge ou notre nature peu "Spring Breakienne" qui cause le choc? Parce que croyez-nous la fête est toujours bien vivante au Bar 2 (c'est à la fois son nom et son emplacement). Jeunes filles en bikini qui dansent comme des déchaînées, légions de shooters de Lao Cai, sérieuses séances de frenchage et oui, il est bien 2 heures de l'après-midi. Nous, on vise plutôt la table de ping-pong. On se sent vraiment vieux, jusqu'à se qu'on croise plusieurs Polonais dans la quarantaine qui agissent comme des frat-boys. On doit se l'admettre, cela n'a jamais vraiment été notre scène.




Lors de la fin de la descente, on aide un fille complètement saoule à rester sur son tube, une autre à se sortir des buissons, une dernière à atteindre les marches de sortie. La descente prend plus de temps qu'annoncée et c'est à la complète noirceur qu'on arrive en ville. Benoît manque le débarcadère et doit monter dans les buissons, passer au travers d'un resort de luxe et traverser la ville entière, à la course, tube sur le dos pour rejoindre Annick. C'est une Annick en pleurs qu'il retrouve. La réputation de l'activité lui avait fait imaginer le pire. Elle a encore sur le coeur le manque d'aide et de support qu'elle a reçu alors qu'elle criait, seule sur la rivière. Deuxième coup de vieux de la journée. Épuisés par cette malencontreuse fin d'activité, on s'apaise devant des Friends (qui sont projetés dans presque tous les restos de la ville) alors que les jeunes fêtards continuent à boire des Beerlao.


Le lendemain, on décide de faire l'activité "mature" de Vang Vieng. On se loue des vélos de montagne et on part. Premier arrêt, la ferme organique tant vantée par Isa, Joëlle et Louis. Magnifique repas, on est estomaqués(!). Benoît déclare que c'est le meilleur fromage de chèvre qu'il a mangé de sa vie. Deuxième arrêt, le Lagon Bleu. La route pour s'y rendre est rocailleuse et le soleil plombe. Le trafic y est hétéroclite: poules, coqs, chiens, chats, 4x4, motocyclettes, une horde de jeunes écoliers à vélo, tracteurs rafistolés, etc. Le bouchon de circulation est causé par un troupeau de vaches qui encercle Annick. On a hâte de se rafraîchir dans le lagon. 


Toutes les photos nous avaient dépeint une piscine naturelle turquoise idyllique. Ces photos ont été prises à la droite du pont... Car à la gauche, là où l'on peut se baigner, l'on retrouve la majorité des jeunes du bar 2 vus la veille. Bières à la main, le party continue et les tuk-tuks les attendent. On repart à vélo avec le sentiment d'avoir fait le tour de la place... Mais le soir venu, au Café de Paris, on rencontre Richard, le propriétaire du resto ainsi que son ami Julien qui fait son mémoire sur la jeunesse laotienne. Ils nous invitent à partager leur repas et leur bouteille de vin. Les plats sont délicieux, Benoît se laisse même tenter par un tartare malgré les avertissements de pré-départ de Noémie. On apprend beaucoup en discutant avec eux; l'écart flagrant entre les générations, les persécutions actuelles contre les Hmongs, les reliques de la guerre secrète. On nous partage aussi la perception qu'ont les Laos du tourisme de ces lieux, des relations et répercussions qui en découlent, etc. Inévitablement, on nous confirme que l'endroit est en changement et qu'un tourisme de plein air est maintenant en développement. Que les restos et cafés d'intérêt sont maintenant en périphérie de la ville. Le commerce de Richard est en plein essor, tandis que les restaurants de Friends ont du mal à arriver. La ville vieillit, comme nous.





Dates de visite: 19 au 23 octobre 2013