Aux antipodes de la ville de Chiang Rai se trouvent deux oeuvres architecturales contemporaines qui, selon nous, valent à elles seules une escale dans le nord de la Thaïlande. La première, le Temple Blanc (Wat Rung Khun), figure déjà dans tous les trajets proposés dans cette région. Sur le chemin entre Chiang Mai et Chiang Rai, apercevoir cette structure glaciale et ornementée est immanquable. L'artiste, Chalermchai Kositpipat, est en quelque sorte le Gaudí thaïlandais. Tout comme la Sagrada Família, son oeuvre est un lieu de culte complet dont la complétion lui succédera. La portion déjà complétée est époustouflante. Ce temple moderne combine des symboles bouddhistes et taoïstes à des icônes de la culture populaire. Hello Kitty, Spiderman, Michael Jackson, Harry Potter et Elvis, pour ne nommer que ceux-là, représentent le mal au travers duquel les croyants doivent passer pour atteindre le Nirvana. À l'entrée, les vices des temps modernes sont illustrés. Les têtes des âmes perdues sont pendues aux arbres. Batman, Freddy et Hellraisor balancent aux vents parmi les démons anciens. Réel paysage dantesque, le pont que l'on doit emprunter surplombe une mer de mains qui semblent vouloir saisir les passants. La proéminence du blanc, l'éclat des milliers de morceaux de miroir et la multitude de fioritures baroques donnent toutefois un air de pureté froide au bâtiment. On quitte le temple impressionnés, en passant à côté de plusieurs groupes scolaires en visite.
À l'extrémité nord de la ville, on part à la recherche de la Maison Noire (Baan Si Dum). C'est la tenancière de notre gîte à Chiang Mai qui a insisté pour qu'on aille visiter ce site, qui est boudé par le Lonely Planet et le Routard. Sur la mobylette, Benoît se débrouille de mieux en mieux (surtout qu'il s'agit de notre première motocyclette manuelle et qu'en Thaïlande l'on conduit à gauche).
La Maison Noire est fantomatique de par son manque d'indications. On commence à douter de sa pertinence. Ne trouvant pas le chemin, on s'arrête à un petit magasin général pour obtenir des directions. Ne parlant pas un mot d'anglais, lorsque la vendeuse comprend notre requête, elle sourit, appelle sa voisine d'échoppe, qui court à l'arrière de sa fruiterie et revient avec un bout de papier à la main. Un bon samaritain a pris le temps d'écrire le chemin pour l'élusive Maison Noire. Une vraie carte aux trésors qui est photocopiée et remise aux touristes perdus. La précision du point de départ nous porte à réflexion: est-ce que chaque commerce de cette rue détient sa propre carte? Peu importe, on est chanceux. 5 minutes plus tard, au fond d'un rang, on arrive à destination. Et quelle destination! Le site nous saisit dès les premiers instants. Des structures minimalistes aux allures de temples en teck sont meublés d'ossements et de peaux d'animaux. Ces mosaïques morbides produisent un effet choc ainsi qu'un contraste ivoire avec la noirceur de tout le reste. C'est organique. Ça frôle l'esprit sectaire et primitif. C'est unique. Un site d'art contemporain comme on en a jamais vu. Tout est pensé. Composé. Même les animaux du site, chevaux, cygnes, boa et quelques oiseaux en cage sont noirs. Ils font partie d'une oeuvre grandissante, qui n'a pas d'échéance déterminée et qui dépend entièrement de l'inspiration de Tawan Duchanee, propriétaire et créateur. Agnostique convaincu, il emprunte des symboles à la religion nationale sans toutefois attribuer un statu de lieu de culte à ses bâtisses. Après la visite, on est songeur. L'oeuvre a fonctionné.
Deux oeuvres ambitieuses qui actualisent les espaces sacrés. Pour le voyageur ils jouent avec l'expérience familière de la visite de temples. L'un noir, l'autre blanc. L'un religieux, l'autre laïque. L'un reconnu, l'autre méconnu. Dans ces deux oeuvres, impossible de séparer le mal du bien, malgré les connotations de leurs couleurs respectives. Déviation de nos dichotomies judéo-chrétiennes peut-être. Mais, bon, nous à Chiang Rai, on a un petit penchant pour le côté obscur.
Dates de visite: 6 au 8 novembre 2013















MA-LA-DE!!! Que de beaux souvenirs vous vous forgés!!!! XX
ReplyDeleteSuper intéressant! Quelle belle écriture. Cet article pourrait facilement trouver preneur pour un quotidien montréalais ou le lonely planet. Je ne connaissais pas ces monuments. J'ajoute à ma liste pour ma prochaine visite de la Thaïlande. Julie T.
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