Saturday, 7 December 2013

Sacré matin!

Six jours passés à Luang Prabang et c'est au dernier matin seulement que l'on se lève aux aurores pour assister à la fameuse procession des moines. Partout dans la ville, des indications sur le comportement à suivre sont affichées, expliquées, illustrées. C'est donc en connaissance de cause que nous nous habillons, portons le foulard sur l'épaule gauche et décidons de ne pas faire d'offrandes aux moines.


Ils sont nombreux les moines qui défilent dans les jolies et tranquilles rues de la ville. Ils sont nombreux, mais moins que les touristes qui les photographient, les épient et les suivent. Un grand malaise s'éprend de nous. Le même type de malaise que nous avions ressenti devant les derviches tourneurs l'an dernier, qui demandaient explicitement à ne pas être photographiés pendant leur danse extatique. Quasi aucun touriste ne respectait alors les consignes. On se sentait impuissant devant ce cirque humain, honteux d'y prendre part par notre présence et ce, même si la caméra restait bien rangée dans le fond de notre sac. Ce cirque est pire encore lors de la procession des moines à Luang Prabang. À cet effet, par le passé, les moines outrés par l'affluence et le manque de respect des touristes ont voulu cesser leur procession. Le gouvernement laotien, ayant peur de perdre ce haut "attrait touristique" de cette ville UNESCO, les a alors menacés de poursuivre la coutume en engageant des civils vêtus de toges oranges... La procession n'a ainsi jamais cessé. Les touristes continuent à prendre part à la cérémonie en offrant du riz aux moines. Ces derniers acceptent les offrandes de tous même si souvent, le riz qui leur est offert par ces touristes insouciants et non pratiquants les rend malades. C'est que ce riz est "mal" préparé par des vendeuses ambulantes qui font primer la quantité sur la qualité. Il est triste de constater que ces dernières préfèrent maintenant vendre du riz aux touristes plutôt que de l'offrir elles-mêmes aux moines.


Ce matin que l'on s'imaginait méditatif fait plutôt sortir Annick de ses gonds. C'est plus fort qu'elle, une touriste, démontrant aucun respect et brisant toutes les règles, est rapidement remise à sa place. Toutefois, nous sommes émus lorsque nous voyons des moines offrir à leur tour une part de leurs aumônes à des enfants sans le sous. Recevoir pour mieux redonner. En espérant que le riz soit bon...


Inévitablement, nous avons définitivement préféré observer les processions des autres villes, qui n'ont pas été transformées en attraction touristique et qui sont immanquables pour tous les voyageurs qui doivent prendre un transport tôt le matin. Nous en avons croisées plusieurs sur notre chemin. Toujours par hasard. Une bonne dizaine de fois déjà. Nous ne vous en recommandons ainsi aucune puisque c'est la surprise d'en trouver une sans l'avoir cherchée qui la rend si touchante et naturelle. Qui la rend si vraie. 

Déçus et troublés par notre expérience, nous allons déjeuner. Il est 7h du matin. On y aura mis 6 jours mais on aura finalement trouvé le talon d'Achille de ce petit bijou de ville...

Dates de visite: 12 au 17 novembre 2013

Wednesday, 4 December 2013

THE SUDESTORIALIST - Luang Prabang 2013

L'observatrice

L'écolier

L'élagueur

Le hipster malgré lui

ESTOMAQUÉS - Tamarind

Miam! On y retournerait encore et encore (on écrit cette entrée deux semaines plus tard et nos papilles ne s'en sont toujours pas remises). Tenu par un Lao et une Australienne, ce restaurant est une entreprise familiale qui offre repas, cours de cuisine, livres de recettes et produits locaux. On peut lire dans le menu que le chef a grandi dans une famille sans le sous qui puisait dans la jungle pour subvenir à ses besoins. En conséquence, la cuisine raffinée du Tamarind utilise des produits inusités et démontre la grande créativité et débrouillardise qui découlent parfois de la précarité. Le menu nous apprend également les règles de la table (ou de la feuille de bananier) laotienne. On déguste le tout avec les mains, bien accompagné de "sticky rice", on partage les plats, qui arrivent à mesure qu'ils sont prêts. Une nouveauté pour nous, certains ingrédients ne sont là que pour être mâchés. Ainsi, la citronnelle farcie au poulet ne doit être que mâchouillée alors que la farce, elle, est ingérée. Les serveurs nous expliquent fièrement comment manger chacun des mets. On sent que le Tamarind pousse pour établir ce qu'on pourrait appeler une haute-gastronomie purement laotienne, qui se détache de l'héritage français que beaucoup de restaurants préconisent (voir l'Estomaqués de Vientiane!).


LES MOTS NOUS MANQUENT - Luang Prabang














Dates de visite: 12 au 17 octobre 2013

Monday, 2 December 2013

SUR LA ROUTE - Poussière et rivière (Luang Namtha - Nong Khiaw - Luang Prabang)

Une des phrases les plus communes des guides de voyage est que la visite d'un tel pays n'est pas complète sans une expérience donné. Au Laos, on dit que la descente d'une rivière sur un "slow boat" est cet incontournable. Ayant sauté le "slow boat" à l'entrée du pays, qui dure deux jours et qui mène à Luang Prabang, nous décidons de faire un détour en partance de Luang Namtha vers Nong Khiaw afin de descendre la Nam Ou, qui serait la plus belle rivière de cette terre aux 1000 éléphants. La première partie du voyage menant vers la rivière se fait en autobus puis en tuk-tuk. Derniers arrivés dans l'autobus, nous avons donc la place de choix: deux sièges sur la dernière banquette, qui est surélevée et oū l'air climatisé ne se rend pas, bien que le système d'aération soit au-dessus de nos têtes. Le début du parcours se déroule très bien sur des routes asphaltées (les chinois et les thaïlandais investissent massivement dans l'infrastructure routière de cette région du pays pour que les ressources naturelles qu'on y retrouve soient facilement exportables). La seconde partie est plus houleuse. En arrivant sur les routes de terre battue, l'homme en charge de l'autobus crie à tous les passagers de fermer leur fenêtre. Seules deux québécoises, que l'on a rencontrées plus tôt et qui pensent nous berner en parlant espagnol lorsque nous sommes près d'elles (on as-tu l'air si colon que ça?!), refusent de fermer la leur. Résultat, de notre siège privilégié au-dessus des autres têtes, nous recevons vague après vague de nuages de sable, sans oublier ceux qui proviennent aussi du système d'aération du plafond. La légèreté laotienne nous ayant déjà contaminée, nous prenons la situation en riant et c'est "bruns" que nous arrivons à Nong Khiaw, 7 heures plus tard.


Bâtie là où la rivière passe entre deux immenses falaises, cette ville est charmante. Plusieurs touristes s'y accrochent les pieds. On aurait facilement pu en faire de même mais Luang Prabang nous attire depuis le début du voyage. C'est donc avec empressement que nous prenons un "slow boat" le lendemain matin. Quelque chose dans l'immensité des formations karstiques, dans la baignade des buffles et dans la patience des pêcheurs nous "oblige" à ralentir la cadence. On sent que notre aventure embrasse un rythme plus lent. Bienvenus au Laos.








Dates de visite: 11 et 12 novembre 2013

THE SUDESTORIALIST - Luang Namtha 2013

La grande fille

La coquine

La dame du puits

SELON ANNICK - Apprendre à marcher

Les cours d'hébertisme ne sont pas pour tout le monde. Certains prennent plaisir à se hisser le haut d'une corde, à sauter sur des nacelles de bois ou à traverser de hauts ponts. D'autres pas. Moi, l'hébertisme ça me rappelle deux choses: des genoux en sang et une odeur de bois mêlée à celle de la sueur. Ne vous méprenez pas, j'adore les randonnées dans le bois où ailleurs, c'est juste que parfois, je ne m'y sens pas tellement habile...

Traverser un pont en bambou avec presqu'autant de planches que de trous et qui n'a pour rampe que du fil de fer. C'était la première étape de notre randonnée dans la jungle près de Luang Namtha au Laos (moi j'appelle ça de l'hébertisme). Annick, prends sur toi, tu y arriveras. 


Marcher un pas à la fois. Lever les pieds plus haut. Les déposer en retenant la pression. Travailler son transfert avant-arrière. Se munir d'un bâton de bambou. 

Apprendre à marcher.

Accepter la main du guide. Demander la main du guide. Marcher le long du précipice. Ne pas regarder. J'ai dit, ne pas regarder.

Ce qui semble difficile au début devient rapidement la norme. On s'habitue et puis on commence à apprécier. Le corps s'est échauffé, les pieds suivent, la tête peut alors se vider.

L'aisance et l'agilité de nos deux guides sont épatantes. Ayant tous les deux "grandi" dans la jungle, ils savent tout faire avec un rien. Ils prennent plaisir à nous faire goûter des plantes médicinales et à nous expliquer comment piéger rats et oiseaux ou encore mieux, comment concocter du poison tels que le faisaient leurs grand-pères pendant la guerre. Ils nous façonnent des verres à partir de bambou, nous font des éventails, pêchent le poisson et font d'excellents repas que l'on partage sur feuilles de bananiers avec nos compagnons de randonnées (5 israéliens et un italien, Daniel, qui prend autant de plaisir à manger que Benoît). Tout ce beau monde est heureux, on partage nos vies et on se lie rapidement d'amitié (nous avons maintenant de nouvelles destinations pour de futurs voyages).



Nos guides, pieds nus ou en sandales, ont un équilibre et une capacité à adhérer à la boue ainsi qu'au sol glissant que je ne peux qu'admirer. Mais je dois admettre que mon scout démontre une facilité et une aisance quasi semblables. Je suis impressionnée.


Avec nos bottes de randonnées et nos sacs à dos d'expédition (certains randonneurs portent même de réels chapeaux d'aventuriers), on a l'air un peu fou, comme un adulte qui porterait un gilet de sauvetage dans une piscine gonflable pour enfants.

Le soir venu, après une détente dans la rivière, Benoît et ses deux nouveaux amis capturent un criquet que le guide s'empresse de griller dans le feu de camp pour ensuite le partager. Au Laos, on mange de tout. Des oeufs de fourmi, des foetus de canard, des chauve-souris et des criquets capturés en randonnée... Dans la jungle on trouve de tout, des médicaments, des insectes, des animaux, des braconniers.

Après une nuit de sommeil dans une cabane en pleine jungle, on reprend la marche. Traversée de rivières, montée et descente de collines, enjambées de souches de bois. Le rythme est bon. La confiance est présente.




De nouvelles traversées en hauteur. Encore une fois, ne pas regarder! J'ai dit, ne pas regarder. La randonnée se déroule presque trop vite. 
Aucune blessure sur mes genoux, quoique l'odeur de sueur mêlée à celle du bois est bien présente. 
Respirer. Profiter. Regarder. 
Prendre plaisir à marcher.


Dates de visite: 8 au 11 novembre 2013