Thursday, 26 December 2013

Paradis perdu

S'il y a un endroit depuis le début de notre voyage qui nous a réellement permis de nous reposer, c'est bien l'Archipel des 4000 Îles dans le Sud du Laos. La légende stipulant que nombreux sont les backpakers qui s'y prélassent jusqu'à la date d'échéance de leur visa est confirmée. Nous nous y sommes aussi accrochés les pieds, ayant planifié d'y dormir 3 nuits pour finalement en rester 5. Ceci est probablement dû à nos heureuses rencontres et la guesthouse où nous sommes aboutis.
On avait choisi de dormir à Don Det, qui se veut moins peuplée que Don Kong, mais plus vivante que Don Kon (oui on le sait, c'est aussi clair que l'eau du Mékong).  Un jeune couple de nouveaux mariés rencontrés à Vang Vien nous avaient chaudement recommandé d'aller séjourner chez Mama Leuha, "le meilleur endroit des 4000 îles". Le coût de la nuité? Un gros beau 4$. 



Après avoir marché les 3/4 de l'île à pied sous le soleil de midi, on arrive enfin. Chargés comme des mulets, notre déception est flagrante quand Lutz nous apprend que son auberge est complète pour la nuit. On se rabat alors sur des bungalows au bout de l'île. Première nuit, infestation de fourmis. On quitte donc très tôt dès le lendemain pour s'assurer une chambre chez Mama Leuha. Mission accomplie. Et tout y est parfait. Le bungalow est propre (et sans fourmi), les draps et le matelas sont neufs, le filet anti-moustique est sans trou et recouvre parfaitement le lit qui a de petites tablettes intégrées, où l'on peut y déposer bouteilles d'eau et cadran sans avoir à ressortir du moustiquaire! Tant de petits détails qui font une si grande différence pour le confort des voyageurs.



Pendant notre séjour, on se repose, lit des romans, parcourt les îles à vélo, on pagaye auprès des dauphins roses de l'Irrawady, on observe des couchers de soleil et les chutes d'eau du coin. Puis, presque tous les soirs, on revient souper à la "maison", après une dure journée de vélo, de kayak ou de relaxation dans un hamac! Au fil du temps, on se lie d'amitié avec Lutz, qui est sans cesse occupé à s'assurer du confort de ses clients. Benoît déclare rapidement notre hôte comme étant son "Julien par procuration". Cet expatrié de Berlin-Est, qui était tenancier d'un bar dans un squat suite à la tombée du mur, nous fascine. Comme plusieurs autres, mais bien avant l'arrivée de l'électricité et des motos, il tombe en amour avec les 4000 îles. Y étant venu avec pour seul bagage ses vêtements et un hamac, il travaille pour plusieurs familles de l'île; des petits travaux en échange de nourriture et d'un espace où dormir sur le sol de leur cuisine. Puis, en 2009, il décide de faire le grand saut. Il retourne en Europe, vend tout pour mieux repartir... Et s'établir pour de bon. 


Ils sont nombreux ces expatriés qui viennent refaire, finir ou bâtir leur vie au Laos ou ailleurs en Asie du Sud-Est. On en croise plusieurs et on en profite toujours pour discuter avec eux de leur vie si loin de la nôtre. Leurs difficultés et statuts sont propres au pays d'accueil. Par exemple, au Laos, le seul moyen d'être propriétaire est d'avoir un partenaire d'affaires lao ou d'être marié à un/e natif/ve. Cette loi expliquerait-elle la quantité d'expatriés propriétaires de commerces que nous avons rencontrés? Marier une femme qui ne partage ni sa langue, ni ses moeurs et coutumes nous paraît d'abord une union intéressée. Certains couples nous rendent mal à l'aise par l'évidence de leur relation "socratique" (la "sagesse" contre la "beauté"). À l'inverse (et par chance), d'autres couple, tel que celui de Lutz et de Peng, atténuent notre préjugé initial et, comme dans toutes choses, nous indique que la situation n'est ni noire, ni blanche, mais bien parsemée de nuances.

Sur le plan interpersonnel, ce mariage n'a pas été facile pour Lutz. Il nous explique qu'ici, la conception de l'amour et du couple est différente. Les unions sont traditionnellement formées sur une base de bénéfices socio-économiques mutuels. On est loin des histoires de Walt Disney qui prônent la romance. Toutefois, cette réalité est en train de changer; on a croisé des jeunes couples qui nous ont parlé de leur histoire d'amour ou à l'inverse, des gens qui se sont divorcés à l'encontre de la tradition. D'ailleurs selon Lutz, nombreuses sont les femmes monoparentales vivant aux 4000 îles dont les partenaires ont déserté vers Paksé. 

De son côté, Lutz a courtisé sa belle pendant plus d'un an avant d'avoir parfois l'occasion de lui tenir la main. Bien qu'il ait marié une laotienne, il n'est toujours pas propriétaire d'un commerce aujourd'hui puisqu'il travaille plutôt pour l'entreprise de ses beaux-parents. Un jour, si ces beaux-parents ne vendent pas le commerce d'ici là, il deviendra avec Peng, propriétaire des lieux. En attendant, il y effectue avec soin et attention des rénovations, y développe des services et y investit ses propres économies.

Lors de nos "vacances" chez Mama Leuha, on est témoin de petits moments de tendresse et de complicité entre Lutz et Peng, qui témoignent de leur amour. Ils se sont aussi constitués une langue hybride allemano-lao. Même si la vie n'est pas des plus faciles sur les 4000 îles, ils demeurent unis et sereins. Par chance, puisque vivant désormais avec un pouvoir d'achat laotien, Lutz n'a plus les moyens de visiter son pays natal et d'y revoir famille et amis. 

Depuis qu'il a immigré, Lutz ne se prélasse plus dans son hammac. Tenir une place aussi parfaite demande beaucoup d'entretien: les améliorations sur les bungalows, servir les plats délicieusement cuisinés par Peng, faire pousser les plantes malgré les buffles des voisins qui tentent de les manger et protéger ce qui leur appartient. À la fois du gouvernement et du fleuve. C'est que sans crier gare, le gouvernement a saisi les 8 premiers mètres de la bande riveraine et ce, sur tous les terrains de l'île. L'endroit exact où se trouve la plupart des bungalows, soit donc les maisons et/ou le revenu principal de nombreux des habitants de l'île... Puis aussi récemment, un accroissement de bateaux à moteur sur le Mékong a créé une érosion inquiétante des terrains. Les habitants de l'île démontrent beaucoup de créativité pour sauvegarder leur rive; on construit des rallonges, on y ajoute du sable, etc. Mais certains ne veulent plus investir de sous pour protéger leur terrain de peur que le gouvernement ne les exproprie...  Lorsque Lutz nous dépeint la situation, l'inquiétude est lisible dans son regard: "If I have to move... Scheisse...". À ses yeux, le développement presque trop rapide de la région a engendré une inflation démesurée de la valeur des terrains. Il regarde la croissance économique fulgurante de sa région comme un raz de marée désastreux. Une grande partie des ses voisins sont prêts à vendre. Même à des promoteurs immobiliers qui voudraient bâtir de gros complexes. De plus, aucune législation règlemente le développement immobilier du coin. Lutz ne sait comment imaginer sa retraite tout en étant conscient que sa présence sur l'île est aussi un symptôme de cette nouvelle réalité. 



Lutz avait 18 ans quand le Mur de Berlin est tombé. Il en avait environ 35 quand on l'a chassé de son coop-bar. Il se demande quel âge il aura lorsqu'il perdra son petit coin de paradis. Pour le moment, cet oasis de repos est encore bien présent. On s'y sent bien. Heureux. Presque comme à la maison. L'endroit devient notre référence de perfection. Il nous est même facile de s'imaginer propriétaires de bungalows sur cet archipel! En rêvassant avec Lutz, il nous fait réaliser que nous sommes privilégiés de pouvoir venir s'y déposer sans responsabilité. De notre côté, on fait notre possible pour lui démontrer que ce qui l'avait initialement attiré ici est encore bien vivant et que c'est en grande partie grâce à Peng et à lui.







Dates de visite: 26 novembre au 1er décembre 2013

Saturday, 14 December 2013

SUR LA ROUTE - Petit stress au pays de la détente

Il est 18h30, l'heure où, à l'hôtel, notre tuk-tuk nous attend pour nous amener à la station d'autobus direction les 4000 îles. Pourtant, nous sommes toujours à trois coins de rue en train d'attendre devant un ATM. Pourquoi?

Si vous voulez comprendre, il faut revenir 3 heures en arrière. Suite à une journée un peu décevante (après la Shwedagon Paya, toutes les grosses pagodes nous semblent un peu mineures), où Benoît doit toujours rester à proximité d'une salle de bain (si vous voyez ce qu'on veut dire), nous nous dirigeons vers un ATM pour retirer l'argent nécessaire pour vivre notre séjour dans les 4000 îles, où il est impossible de se procurer des sous. À 16h30, la carte de débit d'Annick est insérée dans la machine. Puis, la machine bascule vers un environnement Windows XP et active des protocoles inquiétants. Après plusieurs écrans indéchiffrables, elle affiche son statut de bienvenue, comme si aucune carte n'y était. La machine a avalé notre carte. Pour de bon. Après plusieurs appels aux 4 numéros d'urgences affichés sur ce guichet, Annick finit par menacer le préposé au service à la clientèle. "We are two Canadiens with no money left in your country. If you don't come soon I will have to call the police". À ce moment on sent que la gravité de la situation a été comprise. Deux gentils Laos, la réceptionniste d'une auberge à proximité et notre vendeur de billet d'autobus (qui étaient assez dispendieux et qui ne pourront être remboursés si nous ne prenons pas une décision avant 17h30) appellent à tour de rôle les mêmes numéros d'urgences pour harceler le préposé. À 17h, nous avons une promesse qu'un réparateur viendra avant 18h30. À 17h30, nous prenons la décision de potentiellement perdre nos billets. À 18h, Annick part se chercher un souper pour emporter dans l'autobus, au cas où... Benoît se contentera d'imodium. À 18h25, nous commençons à perdre un peu espoir. L'hypothèse de Benoît: au Laos, "avant 18h30" veut dire autour de 18h30, même si la promesse est faite 2h avant. À 18h30, deux hommes habillés en civils arrivent, peinards, sur une mobylette. Aucun logo de banque, aucun uniforme. Mais ils ont la clé. Le temps presse, mais ils veulent des preuves d'identité. Heureusement, nous avons tout avec nous.

On part à la course, carte en main, sourires aux lèvres. On passe devant le vendeur de billet d'autobus qui nous fait signe de nous dépêcher. On continue notre course en lui criant "Khop chai lai lai!!" On arrive, juste à temps devant l'hôtel. Le tuk-tuk vient d'arriver, nous pourrons partir aux 4000 îles ce soir. Deux américains, Paul et Tristan, attendent après nous dans le bolide. Nous nous excusons, expliquons la situation et rions bien de l'heureuse conclusion. Une fois rendus dans l'autobus, nous constatons que les "sleeper bus" du Laos offrent de minces couchettes, format asiatique, pour deux. Mais nous avons vu pire aujourd'hui, et malgré un léger reste de maladie, Benoît dort relativement bien. De toute façon, dès demain, nous nous prélasserons, dans des hamacs, sur une île du Mékong. À notre tour d'être peinards!


THE SUDESTORIALIST - Vientiane 2013

Les novices

Le futur professeur d'anglais

ESTOMAQUÉS - Bistro 22

On nous a dit qu'à Vientiane, on pouvait manger de la vraie haute gastronomie française pour une fraction du prix. On se dirige donc vers le Bistro 22, un des meilleurs établissements de la ville. Tout y est, le menu, le service, la coutellerie. Philippe, le propriétaire, nous accueille chaleureusement, et discute avec nous du Laos, de la France et de sa place à lui, un peu entre les deux. Il nous laisse à nous-mêmes et nous découvrons une carte raffinée. Nous décidons de souligner la moitié de notre voyage, qui a lieu le jour même, et de se gâter! Camembert et poires confites en feuille de brick, noix de Saint-Jacques sur linguinis à la crème et aux lardons, accompagnés d'un verre de Chapoutier et un fondant au chocolat pour clôturer le repas. Le tout est bien composé, cuit à point, recherché. On se délecte. Les plats arrivent en ordre, on nous présente les assiettes montées et nous les recevons tous les deux en même temps grâce au synchronisme de deux serveurs. French style. Quelque chose que l'on n'a pas vu depuis longtemps. Le restaurant étant assez chic, nous n'osons pas prendre de photos! En échange, voici des clichés du Boudha Park que nous avons visité le lendemain. La vraie bonne nouvelle ici c'est que tel que vous l'avez lu, nous ne sommes qu'à la moitié de notre voyage! Encore 2 mois d'Asie devant soi.







SUR LA ROUTE - Lao Style

Descente en kayak vers Vientiane en partance de Vang Vieng. Nous sommes 3, nous 2 et un jeune allemand de 21 ans qui voyage seul depuis 14 mois et qu'Annick a maternellement adopté depuis la descente des tubes (il ne faudrait surtout pas qu'il lui arrive quoique ce soit, il est tellement gentil, etc.). Nous ne devions pas être 3; nous devions être 5, et le prix devait être ajusté en conséquence. Le matin, lorsqu'on vient nous chercher, on nous apprend qu'un couple de fêtards, lendemain de veille, a annulé sa descente. Ceci étant Vang Vieng, l'excuse est crédible, mais les organisateurs le savent autant que nous. Circonstances ou arnaque? Nous argumentons tout de même contre l'augmentation d'une dizaine de dollars par personne. On se sent mal pour le jeune Allemand, Janos, qu'on a convaincu de venir avec nous. Il payait le minimum pour son lit à Vang Vieng, peut-être que nous le forçons à faire une activité hors de son budget? Avec son aide, nous réduisons l'augmentation à 5 dollars par personne. C'est tout de même bien, considérant que nous sommes maintenant pratiquement dans un tour privé. Nous quittons donc le matin en tuk-tuk pour une route assez cahoteuse. Le conducteur est un peu trop téméraire, Annick en a mal au coeur. La descente en kayak se veut donc beaucoup plus paisible, même si plusieurs rapides sont annoncés. Après une courte descente facile, nous nous arrêtons déjà pour le repas sur des rochers polis par l'érosion. Un vrai paysage lunaire. Sur un petit BBQ improvisé, le guide nous cuit poisson et brochettes. La quantité de petits visiteurs (non-désirés) nous donnent l'impression que la préparation est interminable. Mais le repas en vaut le coup. Discutant avec le guide, un Lao au visage creusé par le vent, le soleil et le sourire, mais qui parle malheureusement très peu l'anglais, nous réalisons peu à peu l'ampleur des rapides à venir. Nous mangeons tôt parce que les rapides sont longues, nous devons nous assurer que tous nos sacs soient bien attachés au kayak (heureusement, la majeure partie de nos bagages nous attendent dans le tuktuk à la fin du trajet), Benoît doit serrer ses lunettes, bref, des petits indices comme ça. Puis, il nous dit que "many many" chavirent. Par galanterie, il offre à Annick de ramer avec lui, tandis que Benoît devra braver les rapides à l'aveuglette, accompagné d'un débutant. À l'approche, on entend un bruit sourd, comme une chute d'eau au loin. La saison des pluies venant de se terminer, le courant est plus fort. Le guide cri "sunglasses, sunglasses" et étant donné que personne ne porte de lunettes de soleil, Benoît comprend que c'est le temps de faire face au flou... Personne n'est tombé, aucun sac ne s'est perdu, les rapides n'étaient pas si dangereuses, bref, nous nous sommes bien amusés, et avons fait honneur à Amélie et François. Le parcours se termine à côté d'un chantier de sable complet avec d'immenses machines bruyantes. Nous pouvons voir que le guide déplore le développement des ressources de la région. On finit sur le bord de la route, mouillés, à attendre que nos guides réussissent à arrêter un bus qui aurait assez de places pour nous emmener à Vientiane. Lao style, quoi!








Date de visite: 19 octobre 2013

Coup de vieux


On n'a plus 20 ans et on le sent à Vang Vieng. Suite à nos lectures, le premier réflexe est de se trouver un logement hors de la cohue et du party. Après avoir traversé un pont payant (même pour les piétons!), on se demande si on est allé trop loin mais on finit par être content de l'emplacement. Étonnamment, c'est une ville plutôt désertique que l'on découvre. Plusieurs commerces sont à vendre ou à louer. Certes, on y croise plusieurs fêtards et flâneurs, mais l'époque de Vang Vieng, telle que vue sur les photos des backpackers qu'on retrouve sur Google, est révolue. Depuis le début de l'année, suite à la mort du fils d'un ambassadeur australien (selon le bouche-à-oreille "Vang Viengien"), les bars bordant l'infâme descente en bouée sont maintenant fermés et les glissades, perchoirs, cordes de Tarzan sont démantelés. Il ne reste maintenant que trois bars pirates au début de la descente ainsi qu'un vieux couple d'entrepreneurs qui vend des bouteilles de bière aux assoiffés.

La descente est vraiment agréable, le paysage est grandiose, l'eau est bonne. Mais on veut tout de même s'arrêter aux bars pour voir les vestiges de ce défunt lieu de fête. Est-ce notre âge ou notre nature peu "Spring Breakienne" qui cause le choc? Parce que croyez-nous la fête est toujours bien vivante au Bar 2 (c'est à la fois son nom et son emplacement). Jeunes filles en bikini qui dansent comme des déchaînées, légions de shooters de Lao Cai, sérieuses séances de frenchage et oui, il est bien 2 heures de l'après-midi. Nous, on vise plutôt la table de ping-pong. On se sent vraiment vieux, jusqu'à se qu'on croise plusieurs Polonais dans la quarantaine qui agissent comme des frat-boys. On doit se l'admettre, cela n'a jamais vraiment été notre scène.




Lors de la fin de la descente, on aide un fille complètement saoule à rester sur son tube, une autre à se sortir des buissons, une dernière à atteindre les marches de sortie. La descente prend plus de temps qu'annoncée et c'est à la complète noirceur qu'on arrive en ville. Benoît manque le débarcadère et doit monter dans les buissons, passer au travers d'un resort de luxe et traverser la ville entière, à la course, tube sur le dos pour rejoindre Annick. C'est une Annick en pleurs qu'il retrouve. La réputation de l'activité lui avait fait imaginer le pire. Elle a encore sur le coeur le manque d'aide et de support qu'elle a reçu alors qu'elle criait, seule sur la rivière. Deuxième coup de vieux de la journée. Épuisés par cette malencontreuse fin d'activité, on s'apaise devant des Friends (qui sont projetés dans presque tous les restos de la ville) alors que les jeunes fêtards continuent à boire des Beerlao.


Le lendemain, on décide de faire l'activité "mature" de Vang Vieng. On se loue des vélos de montagne et on part. Premier arrêt, la ferme organique tant vantée par Isa, Joëlle et Louis. Magnifique repas, on est estomaqués(!). Benoît déclare que c'est le meilleur fromage de chèvre qu'il a mangé de sa vie. Deuxième arrêt, le Lagon Bleu. La route pour s'y rendre est rocailleuse et le soleil plombe. Le trafic y est hétéroclite: poules, coqs, chiens, chats, 4x4, motocyclettes, une horde de jeunes écoliers à vélo, tracteurs rafistolés, etc. Le bouchon de circulation est causé par un troupeau de vaches qui encercle Annick. On a hâte de se rafraîchir dans le lagon. 


Toutes les photos nous avaient dépeint une piscine naturelle turquoise idyllique. Ces photos ont été prises à la droite du pont... Car à la gauche, là où l'on peut se baigner, l'on retrouve la majorité des jeunes du bar 2 vus la veille. Bières à la main, le party continue et les tuk-tuks les attendent. On repart à vélo avec le sentiment d'avoir fait le tour de la place... Mais le soir venu, au Café de Paris, on rencontre Richard, le propriétaire du resto ainsi que son ami Julien qui fait son mémoire sur la jeunesse laotienne. Ils nous invitent à partager leur repas et leur bouteille de vin. Les plats sont délicieux, Benoît se laisse même tenter par un tartare malgré les avertissements de pré-départ de Noémie. On apprend beaucoup en discutant avec eux; l'écart flagrant entre les générations, les persécutions actuelles contre les Hmongs, les reliques de la guerre secrète. On nous partage aussi la perception qu'ont les Laos du tourisme de ces lieux, des relations et répercussions qui en découlent, etc. Inévitablement, on nous confirme que l'endroit est en changement et qu'un tourisme de plein air est maintenant en développement. Que les restos et cafés d'intérêt sont maintenant en périphérie de la ville. Le commerce de Richard est en plein essor, tandis que les restaurants de Friends ont du mal à arriver. La ville vieillit, comme nous.





Dates de visite: 19 au 23 octobre 2013

Monday, 9 December 2013

SELON BENOÎT - Ces choses qu'on ne sait pas et celles qu'on ne saurajamais

Parfois, lorsqu'on passe un minuscule village du haut d'un autobus VIP presqu'obscène tant il est gros, on peut apercevoir des villageois qui font leurs tâches quotidiennes. Quelques fois énigmatiques, ces gestes semblent éloignés de ma propre vie. Je suis venu dans leur pays, que je parcoure à gauche et à droite, mais je ne suis qu'un détail dans une fenêtre passante pour ces gens qui habitent le long de la route. Je reviens sans cesse à la constatation que je vis dans un monde qui me dépasse entièrement de par son immensité, et aux pensées cégepiennes qui m'avaient mené à l'existentialisme puis à la philo en général; je suis immensément petit et essentiellement futile, du moins dans la vie de ces gens qui défilent devant moi.

Pour nous, Phonsavanh aura été une ville pluvieuse et mélancolique. La météo y était pour beaucoup, mais cette impression est plus que climatique. Nous y étions pour deux raisons principales; les mystérieuses jarres de pierre parsemées dans la région et les vestiges plus récents d'une guerre secrète. Le soir venu, nous constatons que nous ne sommes pas les seuls; malgré le fait que peu de touristes font le détour dans la région, ceux qui s'y rendent choisissent presque tous le même tour. En fait, étant donné le système de facturation pour les tours au Laos (plus il y a de participants moins l'individu paye), on peut souvent faire la ronde des agences de voyage et voir affiché combien de gens se sont déjà inscrits. Bien sûr, il est possible de partir à deux si nous désirons réellement un itinéraire particulier, mais à Phonsavanh, le tour "classique" offre cratères de bombes et récipients de roche, le tout par le biais d'un village où l'on transforme le métal des projectiles en cuillères. Bref, ce que nous nous étions attendus à voir.

Les jarres sont d'immenses vases taillés dans le roc qui ont approximativement 2500 ans. Lors de notre visite, le guide nous raconte 7 hypothèses quant à leur usage et origine. Outre l'explication Hmong (se sont des verres laissés là par les géants qui ont créé les collines et les rivières du coin en labourant la terre avec leurs buffles gigantesques) toutes les hypothèses se ressemblent un peu. Selon ce que j'en retire, ces immenses vestiges, éparpillés dans plus de 28 lieux de la région, étaient d'usage lors des cérémonies funéraires. Ainsi, les "plaines de jarres" deviennent des cimetières, et les différences de grandeur seraient attribués à l'arrivée de la crémation chez les anciens habitants de ce bout de la terre. Mais le mystère persiste à cause d'éléments incongrus; on aurait retrouvé des ossements au pied des jarres plutôt qu'à l'intérieur de celles-ci, certaines jarres ont des couvercles et d'autres non, etc. Peut-être qu'un moment déterminant pour l'archéologie locale permettra d'enfin résoudre l'énigme des jarres, mais mon hypothèse est que le temps a déjà fait ses ravages sur la mémoire collective de la région, et que l'absence d'écrits datant de l'époque confirme un savoir perdu.










Pour se rendre aux jarres, il faut passer par un poste de surveillance. En marchant des les immenses plaines, faire bien attention de ne pas dépasser les bornes de béton qui bordent le chemin. C'est que la région est parsemée de mines et de petites bombes américaines. Lieu d'une guerre sans nom, orpheline de la Guerre Froide, la région de Phonsavanh était le principal champs de bataille entre deux armées-intermédiaires. L'une, royaliste et conservatrice était soutenue par les Américains, l'autre, guérilla et socialiste, par les Vietnamiens du Nord et ensuite par les Chinois Maoïstes. En 1962, à une époque où le gouvernement officiel du Laos était neutre, de par sa constitution, le sort du pays était entre les mains de deux groupes extrémistes démesurément armés par des puissances étrangères. Aux yeux du monde entier, le Laos était en périphérie de la guerre du Vietnam. En réalité, il y avait été absorbé depuis longtemps. La Guerre Froide continuerait à s'échauffer sur ses terres longtemps après le retrait des Étatsuniens au Vietnam. Avant de partir, les pilotes américains avaient à jamais laissé leur trace au Laos. Lorsque ceux-ci revenaient avec leurs "payload" n'ayant pas été livrés, si, par exemple, les canons anti-aériens du Vietnam étaient trop menaçants, ils étaient fortement encouragés à lâcher leur cargo sur le Laos, un petit pays peu peuplé avec avec lequel ils n'étaient pas en guerre. Comme ça. Sans cible tactique ou discrimination entre civils et militaires. L'atterrissage des avions était alors moins dangereux, et il y avait de légères chances que des Viet-congs, empruntant la "Ho Chi Minh trail" qui reliait le nord du Vietnam avec le sud par le bais du Laos, soient frappés. En conséquence, et grâce aux bombes à fragmentation qui explosaient en des centaines de plus petites bombes, lorsque les bombardements ont cessé, il y avait plus d'explosifs dangereux que de gens au Laos. Le public des États-Unis n'était pas informé de cette atrocité financée par ses taxes, une forme de savoir volontairement dissimulée, et redevenue publique depuis les années 90s. Encore aujourd'hui, le Laos est le pays le plus bombardé per capita.



À ne pas dépasser...

On apprend maintenant aux enfants de la région qu'il est dangereux de jouer avec des petits objets de métal, mais toutes les générations de cette région peu éduquée nécessitent cet apprentissage. Le métal des bombes, et la poudre qu'on retrouve à l'intérieur d'elles est une richesse pour les habitants d'un des lieux les plus pauvres du pays. Même notre guide, un Hmong beaucoup moins sympathique que Chinh, justifie cette collecte; "everyone soldiers in this region, they know how to deal with bombs". Pourtant, ce n'est pas ce que les statistiques nous apprennent. Chaque soir, dans les restaurants, les maisons d'hôtes et les agences touristiques, on projète des documentaires sur les UXO (unexploded ordonances) au Laos et sur la guerre secrète qui a secoué le pays, troué ses plaines, craqué ses jarres et tué plus d'un fermier suite à un coup de pelle mal placé. Les agences en charge du déminage expliquent que souvent, les morts sont causés par des villageois qui tentent de se procurer la poudre pour pêcher à coup de dynamite. Ces documentaires, chaque soir présentés comme pour remédier aux oublis historiques classifiés, jouent pour les touristes, en anglais, sans sous-titres. C'est qu'un des principaux attraits touristiques de la région est d'aller voir des villages immensément pauvres qui utilisent des débris de bombes comme truelles à vache ou comme boîtes à fleur. L'équation inouïe entre cette tragédie inconnue de ceux qui ne se sont pas penchés sur le cas du Laos et le climat d'auto-promotion qu'on retrouve à Phonsavanh est triste. Les victimes doivent transformer leur quotidien en constant rappel des horreurs vécues.




Nous quittons Phonsavanh assez rapidement, après avoir fait le même tour que tous les touristes. Notre guide tente de nous convaincre de rester en énumérant une liste d'activités. "Much more than the jars in this province, MUCH more". Il nous offre d'aller à la pêche à l'aide de grenades. Sans trop savoir pourquoi, nous préférons partir.

Dates de visite: 17 au 19 octobre 2013