Thursday, 26 December 2013

ESTOMAQUÉS: Spicy and Crazy Thanksgiving


En rentrant à vélo vers notre cabane (on était allé voir un coucher du soleil très couvert sur la pointe nord de l'île), on se perd dans les champs et rizières qui couvrent encore la majeure partie de Don Det. La balade est magnifique mais se termine avec lampes frontales pour éclairer les petits chemins de traverse puisque la pénombre gagne rapidement les lieux. À la sortie des broussailles (on improvise un chemin selon notre sens de l'orientation) on est interpellés par un voix grâve mais familière issue de la bicoque devant nous. C'est Tristan, un des deux Américains rencontrés lors de notre trajet entre Vientiane et les 4000 îles, qui s'apprête à aller prendre sa douche en préparation pour le Thanksgiving des É-U, qu'il célèbrera avec Paul, son compagnon de route. Lors de nos discussions dans l'autobus, ils nous avaient tous deux mentionné l'importance de cette fête pour eux et leur intention de la célébrer le plus fidèlement possible et ce, même au Laos. Lorsqu'une de leurs amies, rencontrée en voyage, leur avait envoyé à la blague la photo d'une dinde qu'elle avait trouvé ici aux 4000 îles, ils s'étaient convaincus de se rendre jusqu'à cet oiseau expatrié en espérant "l'inviter" au festin. Ils se sont donc rendus chez Crazy Mama et Crazy Papa, les propriétaires de la dinde et des bungalows devant lesquels nous étions arrivés en vélo par hasard. Heureux de nous retrouver, Tristan nous invite à se joindre à eux. Il nous explique que malgré le fait qu'on mangera de poulet, il en aura amplement pour tous. C'est que lors de l'achat de leur volaille de choix, et malgré leur volonté à payer l'important prix fixé par Crazy Papa, la tristesse apparente de Crazy Mama à l'idée de tuer sa dinde les a dissuadé. "It was like it was a member of their family". Du poulet, des patates pillées et une salade de fèves feront amplement l'affaire.

Avant d'aller se préparer, Tristan nous présente au couple. Crazy Mama s'entiche d'Annick, lui fait des câlins et des caresses. Par la fenêtre, on peut voir Crazy Papa en train de plumer le poulet. De fil en aiguille, et sans savoir pourquoi, nous nous retrouvons devant les 7 albums photos de Crazy Mama, qui nous explique, dans un anglais quasi-inintelligible, son parcours de vie. Nous débattons toujours les détails de ce dernier (elle était chef en Thaïlande? Elle avait un resto en Thaïlande? Son ami habite en Thaïlande?). Dans tous les cas, le rire de Crazy Mama est contagieux. Paul et Tristan nous expliquent la grande générosité et gentillesse de leurs hôtes. On passe un bon moment à discuter et à rire en attendant le repas. Crazy Papa, écrasé dans le fond de la salle, nous sourit et vient nous voir pour profiter de l'esprit de partage de Tristan, qui offre des gorgées de Cau Lai (whisky Lao) à qui le veut bien. La nourriture arrive, petit à petit, et c'est tout un festin. On remercie nos hôtes ainsi que les initiateurs de cette soirée pour notre toute première Action de Grâce américaine, puis on plonge. Le poulet, entier, est difficile à séparer en assiettées individuelles, mais lorsqu'on lui goûte, on réalise qu'on ne pourra sûrement pas en manger beaucoup; ce n'est pas qu'il est mauvais, au contraire, mais il est si épicé que Paul en pleure! Les fèves contribuent dans le même sens et seules les patates et la bière aident à alléger les brulements devenus franchement douloureux. Une mention d'honneur pour ces patates par contre: de vraies patates douces fraîchement cueillies, pilées mais avec encore de la texture et un petit goût de fumée de charbon de bois inexplicable. Umami, salées, sucrées et savoureuse à souhait. C'est le seul plat qu'on réussit à finir.

Malgré maintes invitations, Crazy Mama et Crazy Papa ne viennent s'asseoir avec nous que lorsque nous semblons avoir fini. Crazy Mama est visiblement déçue qu'il ne reste pas de patates. Mais sa bonne humeur revient vite lorsqu'elle attaque la carcasse du poulet. Presque tout y passe: cartilages, gras et même le bout des os de cuisse. Crazy Papa nous montre la tête du poulet en souriant, puis l'engloutit d'une seule bouchée croustillante. Crazy Mama part dans la cuisine et revient avec le plus gros contenant de sticky rice qu'on a vu. On sait que les Laos adorent leur sticky rice (c'est la base de presque tous leurs repas), mais Crazy Mama l'engloutit avec un entrain sans pareil! Crazy Papa se lève et danse sur Manu Chao et La Rue Kétanou (un cadeau d'anciens clients), puis il s'endort en plein centre de la pièce, pendant qu'on discute de politiques américaine et canadienne.

Il y a de ces soirées qu'on ne peut oublier, où le bonheur est simple mais véritable et où on se rappelle qu'il est si bon de partager. Même si nous sommes des néophytes de ce Thanksgiving étranger nous pensons en avoir saisi l'essence lors de cette crazy soirée.

1 comment:

  1. Être reconnaissant pour la chance que l'on a et la célébrer simplement en bonne compagnie; définitivement une belle tradition à importer à la maison!! XX

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